lundi 4 avril 2016

[Semaine 6] Le roi qui voulait interdire les machines à laver.

Il était une foi un roi en son royaume qui était si riche et si sage que tous ses voisins avaient décidé de faire la paix avec lui, au plus grand profit de ses sujets. Mais, malgré l’insistance de sa mère et de la Cour, il ne s’était pas marié, laissant son trône sans postérité. « Il y a trop de femmes autour de moi, avait-il déclaré le lendemain de son intronisation. Il faut qu’elles retournent à leurs travaux ménagers : que les machines à laver et les lave-vaisselle soient bannis de mon royaume. » Et, en les renvoyant ainsi à leur foyer, il avait résolu la question du chômage de masse mais pas celle de son mariage.
On s’y était habitué : quoi de plus charmant que des lavandières réunies autour du lavoir, commentant les nouvelles du pays, faisant et défaisant les réputations des candidats aux élections ? Décidément, le royaume allait bon train, mais le roi n’avait point femme.
Un jour qu’il chassait à la campagne entouré de ses mignons, il arrêta son cheval au bord d’un ruisseau pour le faire boire. Une beauté solaire, jeune jouvencelle d’à peine seize ans, y lavait le linge à grands coups de battoir quand le roi descendit de sa monture. Saisi par sa beauté et tombé en amour en moins de temps qu’il ne me faut pour écrire cette phrase, le roi se retourna vers sa Cour et parla ainsi : « Mes ducs, princes et vous, mes valeureux chevaliers, séchez vos larmes, apaisez vos craintes. Demain je prendrai pour épouse la jeune lavandière que voici et, ainsi, donnerai-je héritier puissant et sage à mon royaume. Que soit écrit dans ma chronique que ce jour était celui où je suis tombé en amour. » Et de s’agenouiller devant la donzelle en lui offrant l’anneau orné d’une émeraude qu’il portait au majeur gauche.
Mais la belle était en réalité une méchante fée. S’emparant de l’anneau  magique qui protégeait le roi des mauvais sorts et qu’il avait hérité de sa mère, elle-même fée, elle tint ces propos : « Au nom de la République, que le tyran soit puni d’avoir rabaissé la moitié de l’humanité à l’état de machine et d’avoir empêché le progrès technique de répandre ses bienfaits. Abracadabra. » Et, d’un coup de baguette magique, qu’elle cachait dans son corsage, elle transforma, à la grande consternation de l’assemblée, le roi en machine à laver.

La morale de cette histoire est qu’il n’est de liberté que de progrès.

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